Fissures, argile, étude de sol : ce qu’il faut savoir avant d’acheter un terrain dans le Gers
Une nouvelle carte d’exposition au retrait-gonflement des argiles s’applique depuis le 1er juillet 2026 à chaque vente de terrain constructible. Le Gers est touché sur l’ensemble de son territoire, au moins en partie. Voici ce que cela change pour les particuliers qui achètent, pour ceux qui construisent et pour les professionnels qui les accompagnent.
Vous avez repéré un terrain à la sortie d’un village gersois : plat, viabilisé, à 40 € le mètre carré. Le prix est correct, la vue dégagée, le notaire attend votre réponse. Reste une question que peu d’acheteurs posent à ce stade, alors qu’elle pèse parfois plus lourd que le prix du terrain lui-même : que contient ce sol, et que fera-t-il de votre maison au bout de cinq étés ?
Nous construisons dans le Gers et les Hautes-Pyrénées depuis plus de vingt ans. Les fissures, nous les croisons chaque année, sur des maisons anciennes comme sur des constructions récentes dont les fondations n’ont pas été pensées pour le terrain. L’origine tient presque toujours en deux mots : argile et eau. Rien d’irrémédiable, à condition de connaître le sol avant d’acheter, pas après avoir coulé les fondations.
Cet article s’adresse aux particuliers qui cherchent un terrain constructible dans le Gers, comme aux notaires, agents immobiliers, maîtres d’œuvre, artisans et élus qui doivent leur répondre. Il s’appuie sur les textes en vigueur et sur les chiffres publiés en 2026 par l’État et le BRGM, complétés par les estimations de la Caisse centrale de réassurance (CCR).
Retrait-gonflement des argiles : ce qui se passe sous une maison
Une argile change de volume avec sa teneur en eau. Gorgée de pluie, elle gonfle. Desséchée par un été de canicule, elle se rétracte et se fendille. Le mouvement ne concerne que les premiers mètres du sol, la zone que l’évaporation et les racines assèchent, mais c’est exactement là que reposent les fondations d’une maison individuelle.
Sous la maison, le sol garde à peu près la même humidité. Tout autour, il sèche. Les bords de la construction bougent donc plus que le centre, et les façades ne bougent pas toutes de la même façon : le côté sud, le pied d’un chêne, l’angle où débouche une descente de gouttière. Les spécialistes parlent de tassement différentiel. C’est lui qui casse les murs, bien plus que le mouvement du sol pris isolément.
Le phénomène est lent, ce qui le rend traître. Il faut parfois deux ou trois étés secs pour qu’une fissure fine devienne une fissure qui traverse un mur de part en part.

Les sols du Gers : terreforts, boulbènes et coteaux
Les agriculteurs gersois connaissent depuis longtemps le nom de leurs terres. Les terreforts des coteaux, argilo-calcaires et lourds, se gorgent d’eau l’hiver et durcissent l’été. Les boulbènes, plus limoneuses, se tassent et battent sous la pluie. Aucun de ces noms ne remplace une étude : sur une même colline, la composition change d’une parcelle à l’autre, parfois d’un angle à l’autre d’un même terrain.
Les services de l’État dans le Gers l’indiquent sans ambiguïté : toutes les communes du département sont touchées par le retrait-gonflement des argiles, au moins partiellement. Le Gers fait d’ailleurs partie des onze départements retenus par l’État pour expérimenter, depuis octobre 2025, le fonds de prévention argile.
Les chiffres 2026 à connaître
- 55 % du territoire hexagonal est classé en exposition moyenne ou forte depuis la mise à jour de janvier 2026, contre 48 % avec la carte de 2020 (Géorisques, arrêté du 9 janvier 2026).
- 12,1 millions de maisons individuelles existantes sont concernées, soit 61,5 % du parc (Service Public, juillet 2026).
- Environ 240 000 sinistres ont été déclarés entre 2018 et 2022, soit 58 % de tous ceux recensés depuis 1989 (Géorisques).
- La CCR estime la réparation moyenne entre 30 000 et 40 000 euros par maison. Son directeur général, Édouard Vieillefond, évalue à 500 milliards d’euros le coût potentiel du phénomène sur les prochaines décennies, une projection à long terme et non un bilan.
- La franchise légale pour un dommage lié à la sécheresse est de 1 520 euros, contre 380 euros pour les autres catastrophes naturelles (code des assurances).
- Dans le Gers, un arrêté interministériel du 11 septembre 2026, paru au Journal officiel le 22 septembre, reconnaît quatre communes sinistrées au titre de la sécheresse de 2025 : Béraut, Flamarens, Lourties-Monbrun et Miradoux. Un arrêté du 11 mai 2026 avait déjà reconnu plusieurs communes gersoises pour la sécheresse de 2025 et pour les inondations de février 2026.
Ces chiffres mesurent une exposition géologique, pas un nombre de maisons déjà abîmées. Ils disent où le risque existe, pas qu’il s’est produit sur votre parcelle. C’est pourquoi la carte nationale ne dispense jamais d’une étude à l’échelle du terrain.

Ce que change la carte 2026 pour l’achat d’un terrain
L’arrêté du 9 janvier 2026 a actualisé le zonage de 2020. Le nouveau zonage s’applique depuis le 1er juillet 2026 aux promesses de vente et aux actes de vente de terrains non bâtis constructibles, ainsi qu’aux contrats de construction de maison individuelle. Un compromis signé depuis cette date relève donc de la nouvelle carte, dont les zones d’exposition moyenne et forte ont été étendues.
Dans ces zones, la loi ELAN impose deux séries d’obligations :
- le vendeur d’un terrain constructible doit faire réaliser une étude géotechnique préalable (mission G1) et la fournir à l’acquéreur ;
- le maître d’ouvrage qui construit une maison individuelle doit soit suivre les recommandations d’une étude géotechnique de conception (mission G2), soit appliquer les techniques particulières de construction fixées par arrêté.
Pour un projet porté par un constructeur, le contrat de construction de maison individuelle (CCMI) intègre ces exigences. Nous l’expliquons à nos clients dès le premier rendez-vous : une étude G2 coûte quelques milliers d’euros, une reprise en sous-œuvre se chiffre en dizaines de milliers.

Fissures sur une maison ou un mur : comment faire la part des choses
Toutes les fissures ne racontent pas la même histoire. Un enduit qui se faïence après un hiver froid n’a rien à voir avec une fissure qui suit les joints de la maçonnerie en diagonale. La largeur donne un premier repère. La forme et l’évolution dans le temps comptent davantage.
Repères de largeur
| Largeur | Appellation courante | Lecture |
| Moins de 0,2 mm | Microfissure | Souvent liée au séchage de l’enduit ou du béton. À surveiller sans urgence. |
| De 0,2 à 2 mm | Fissure | À dater, mesurer et suivre sur plusieurs mois, surtout si elle évolue avec les saisons. |
| Plus de 2 mm | Lézarde | À faire voir rapidement par un expert : la structure peut être atteinte. |
Repères usuels de la profession, donnés à titre indicatif. Seul un examen sur place permet de conclure.
Les signes qui doivent alerter
- une fissure en escalier dans la maçonnerie, ou oblique à environ 45 degrés à partir d’un angle d’ouverture ;
- une fissure verticale qui traverse le mur de part en part, visible à l’intérieur comme à l’extérieur ;
- des portes et des fenêtres qui frottent ou ne ferment plus ;
- un dallage ou un carrelage qui se décolle du mur ou se fend ;
- des fissures qui s’ouvrent à la fin de l’été et se referment en partie l’hiver, signature classique d’un sol qui respire.

Les bons réflexes
- photographier chaque fissure avec une règle graduée à côté, dater l’image et recommencer chaque mois ;
- poser un témoin de fissure (jauge) pour mesurer l’évolution réelle ;
- ne rien reboucher avant le passage d’un expert, au risque de masquer l’évolution et de compliquer un dossier d’assurance ;
- vérifier auprès de la mairie si la commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle, puis déclarer le sinistre à l’assureur dans les 30 jours francs qui suivent la parution de l’arrêté.
Étude de sol : G1, G2, G5 et étude d’assainissement, qui commande quoi
L’expression « étude de sol » recouvre plusieurs missions normalisées. Les confondre est l’erreur que nous voyons le plus souvent chez les acheteurs, et elle coûte cher.
| Mission | Ce qu’elle établit | Qui la commande | Budget indicatif 2026 |
| G1 (étude préalable) | Les risques du terrain avant la vente. Ne dimensionne pas la maison. | Le vendeur | 800 à 1 500 € |
| G2 AVP (avant-projet) | Le type de fondations et leur profondeur. | Le maître d’ouvrage | 1 500 à 2 500 € |
| G2 PRO (projet) | Le dimensionnement détaillé pour le bureau d’études. | Le maître d’ouvrage | 2 500 à 3 500 € |
| G5 (diagnostic) | La cause d’un sinistre sur un bâtiment existant. | Le propriétaire | Environ 2 000 à 2 500 € |
| Étude d’assainissement | L’aptitude du sol à infiltrer les eaux traitées. | Le particulier, pour le SPANC | 400 à 1 000 € |
Fourchettes relevées auprès de bureaux d’études en 2026, hors taxes ou toutes taxes selon les cas. Un devis reste indispensable : le nombre de sondages et la pente du terrain font varier le prix.
Pourquoi la G1 ne suffit pas
La G1 donne une première lecture du terrain. Elle dit si l’argile est présente et à quelle profondeur, mais elle ne dimensionne rien. Seule la G2 fixe le type de fondation (semelles filantes, radier ou micropieux), la profondeur d’ancrage et la contrainte admissible du sol. Une maison de plain-pied sur un terrain plat n’appelle pas les mêmes solutions qu’une maison à étage sur un coteau.
Les bureaux d’études estiment qu’une G1 plus une G2 avant-projet représentent entre 2 300 et 3 700 euros pour une maison individuelle, soit 1 à 2 % du coût total de la construction. Rapporté à une réparation de 30 000 à 40 000 euros, le calcul est vite fait.

Ne pas confondre avec l’étude d’assainissement
Dans beaucoup de communes gersoises, il n’y a pas de tout-à-l’égout. L’assainissement individuel passe alors par une étude d’aptitude des sols, validée par le SPANC. Elle répond à une autre question que la G2 : le sol peut-il absorber les eaux traitées ? Une argile imperméable peut interdire l’épandage et imposer une micro-station. Cette étude ne dit rien de la solidité des fondations, et la G2 ne dit rien de l’assainissement. Il faut les deux.
Construire sur un sol argileux : ce que prévoit la réglementation
Construire sur argile reste possible. La direction départementale des territoires du Gers le rappelait déjà dans sa plaquette d’information : on peut parfaitement bâtir sur ces sols, à condition de prévenir le risque. L’arrêté du 22 juillet 2020 fixe les techniques particulières de construction, dont les principales sont les suivantes :
- des fondations en béton armé, coulées en continu, descendues à au moins 1,20 m en zone d’exposition forte et 0,80 m en zone moyenne, sauf si un sol dur non argileux se présente avant ;
- un ancrage homogène sur tout le pourtour de la maison, y compris sur terrain en pente, où l’ancrage aval ne doit pas être moins profond que l’ancrage amont ;
- des fondations désolidarisées de celles d’une construction mitoyenne, par un joint de rupture ;
- des arbres plantés à une distance au moins égale à leur hauteur adulte (une fois et demie pour une haie), ou à défaut un écran anti-racines ;
- un trottoir périphérique ou une géomembrane enterrée autour de la maison, pour limiter l’évaporation au pied des murs ;
- des eaux pluviales et usées évacuées loin des fondations ;
- pas de sous-sol partiel, qui crée des ancrages hétérogènes sous une même maison.
Ces règles forment un plancher. La G2 va souvent plus loin : sur une argile épaisse reposant sur un bon sol en profondeur, le bureau d’études peut préconiser des pieux, des micropieux ou un radier rigide. Un chêne en limite de parcelle, une forte pente, un ancien fossé comblé : chaque détail change la réponse, et c’est pour cette raison que nous refusons de chiffrer des fondations sans avoir vu l’étude.

Acheter un terrain dans le Gers : la checklist avant de signer
Voici ce que nous vérifions avant de conseiller l’achat d’une parcelle à un client.
- consulter la carte d’exposition sur Géorisques à l’adresse exacte de la parcelle, puis le plan de prévention des risques de la commune ;
- demander l’état des risques (ERRIAL) et vérifier qu’il correspond au nouveau zonage ;
- réclamer l’étude géotechnique préalable du vendeur et lire ses conclusions en entier, pas seulement la première page ;
- regarder les maisons voisines : fissures en façade, reprises d’enduit, chaînages apparents, trottoirs fendus ;
- repérer les arbres et les haies sur la parcelle et chez les voisins, avec leur hauteur à maturité ;
- observer la pente et l’écoulement des eaux, surtout là où l’eau stagne après la pluie ;
- vérifier le raccordement au réseau ou, à défaut, contacter le SPANC pour l’assainissement individuel ;
- lire le PLU ou le PLUi pour repérer servitudes et règles d’implantation ;
- demander à la mairie si la commune a été reconnue en catastrophe naturelle pour la sécheresse ces dernières années ;
- évoquer avec le notaire une condition suspensive liée au résultat de l’étude géotechnique de conception.
Maison déjà fissurée : l’aide de l’État dans le Gers
Depuis octobre 2025, le fonds de prévention argile finance, sous conditions de ressources, des diagnostics de vulnérabilité et des travaux préventifs pour les propriétaires occupants de maisons individuelles situées en zone d’exposition forte. Le Gers fait partie des onze départements préfigurateurs. Un arrêté du 23 avril 2026, en vigueur depuis le 1er mai, a élargi l’accès à l’aide :
- la maison peut compter jusqu’à trois niveaux, sous-sol et combles compris, contre deux auparavant ;
- pour le diagnostic, il n’y a plus de condition liée aux fissures ;
- pour les travaux, la largeur maximale des fissures admise passe de 1 à 5 mm.
Un simulateur d’éligibilité est en ligne sur le site du fonds. Pour les dégâts déjà constatés, la voie reste la garantie catastrophe naturelle : elle ne s’ouvre qu’après un arrêté interministériel, et le sinistre doit être déclaré à l’assureur dans les 30 jours francs qui suivent sa publication. La franchise de 1 520 euros s’applique. Si la maison a moins de dix ans, la garantie décennale peut aussi entrer en jeu.

Professionnels gersois : ce que la carte 2026 change pour votre métier
- Notaires : vérifier la présence de l’étude préalable dès l’avant-contrat pour toute promesse signée depuis le 1er juillet 2026.
- Agents immobiliers et lotisseurs : anticiper la G1 avant la mise en vente et indiquer l’exposition de la parcelle dans l’annonce.
- Maîtres d’œuvre et constructeurs : intégrer la G2 au planning dès le choix du terrain et inscrire au contrat l’option retenue, suivi de l’étude ou techniques particulières.
- Maçons et terrassiers : tenir l’ancrage homogène sur toute l’emprise et signaler à la fouille tout changement de nature de sol.
- Collectivités et élus : documenter les sinistres signalés par les habitants et déposer les demandes de reconnaissance de catastrophe naturelle dans les délais.

Le Gers est-il situé en zone argileuse ?
Les services de l’État indiquent que toutes les communes du Gers sont touchées par le retrait-gonflement des argiles, au moins en partie. Le niveau d’exposition varie d’une parcelle à l’autre : consultez la carte Géorisques à l’adresse exacte du terrain.
L’étude de sol est-elle obligatoire pour acheter un terrain dans le Gers ?
En zone d’exposition moyenne ou forte, le vendeur d’un terrain constructible doit fournir une étude géotechnique préalable. Pour construire, le maître d’ouvrage doit suivre une étude de conception G2 ou appliquer les techniques particulières de l’arrêté du 22 juillet 2020. En exposition faible, aucune étude n’est imposée par la loi, mais nous la conseillons sur un terrain de coteau.
Qui paie l’étude de sol ?
Le vendeur finance la G1, dont le coût est généralement intégré au prix de vente. L’acheteur, qui est aussi le maître d’ouvrage, finance la G2.
Combien coûte une étude de sol pour une maison individuelle ?
En 2026, une G1 se situe entre 800 et 1 500 euros, une G2 avant-projet entre 1 500 et 2 500 euros, une G2 projet entre 2 500 et 3 500 euros. Un terrain en pente ou très argileux fait monter la facture.
Peut-on construire sur un terrain argileux ?
Oui. Il faut adapter les fondations (béton armé, continues, ancrées à 0,80 m ou 1,20 m minimum selon l’exposition), maîtriser l’eau autour de la maison et éloigner les arbres. Une G2 confirme ou ajuste ces dispositions.
Mon assurance prend-elle en charge les fissures liées à la sécheresse ?
Elle les prend en charge au titre de la garantie catastrophe naturelle, uniquement si un arrêté interministériel reconnaît votre commune pour la période concernée. Le sinistre se déclare sous 30 jours francs après la parution, avec une franchise de 1 520 euros. Sans arrêté, la garantie catastrophe naturelle ne joue pas.
Quelle différence entre une G2 et une étude d’assainissement ?
La G2 dimensionne les fondations de la maison. L’étude d’assainissement vérifie que le sol peut infiltrer les eaux usées traitées et sert de base au dossier du SPANC. Elles n’ont ni le même objet, ni le même prestataire.
Le fonds de prévention argile concerne-t-il un terrain à bâtir ?
Non. Il s’adresse aux propriétaires occupants d’une maison individuelle existante en zone d’exposition forte. Pour une construction neuve, ce sont les obligations de la loi ELAN qui s’appliquent.
Des fissures apparaissent peu après la construction : que faire ?
Photographiez, datez et mesurez, puis alertez par écrit le constructeur et l’assureur. Faites établir un diagnostic par un bureau d’études géotechniques. Les garanties légales de la construction peuvent s’appliquer selon la date de réception et la gravité des désordres.
